Tract d'internationalistes (Belgique et USA) sur la guerre en Serbie et Kosovo


Refusons la logique guerrière du capitalisme!

Le 21ème siècle se précipite sur nous sous la forme des troupes du ministère serbe de l’Intérieur, les armes automatiques à la main, le visage couvert de masques de laine, entassant des dizaines de milliers de femmes, de vieillards et d’enfants kosovars terrifiés dans des trains surpeuplés, et déversant dans des fosses communes les corps des jeunes hommes qu’ils ont assassinés.

Le 21ème siècle se précipite sur nous sous la forme de bombes guidées au laser et de missiles cruise pleuvant sur des villes serbes comme Belgrade, Novi Sad et Nis, transformant appartements et entreprises en monceaux de décombres sous lesquels sont ensevelis des civils terrifiés.

Ceci n’est pas la décomposition du capitalisme. C’est la logique meurtrière du capitalisme qui est à l’oeuvre, une logique déjà annoncée il y a plus d’un demi siècle à Auchwitz et Babi Yar, à Dresde et Hiroshima!

La mort de masse qui s’est longtemps abattue sur les populations du “ Tiers-Monde ”, au Rwanda, au Sierra Leone, au Vietnam ou en Irak, se trouve à présent au coeur de l’Europe. La purification ethnique brutale qui a fait de la Bosnie, de Vukovar et de la Krajina de véritables charniers, est à présent au Kosovo. Et, pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale, les grandes puissances, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, sont en guerre en Europe.

La destruction de la Serbie se fait au nom d’une mission humanitaire pour sauver les Kosovars innocents, pour empêcher un génocide. Mais le déclenchement de la guerre aérienne de l’OTAN a déjà fourni à Slobodan Milosevic le prétexte nécessaire pour achever la purification ethnique du Kosovo. Et l’Occident, qui a laissé faire lorsqu’un génocide était perpétré au Rwanda (quand il ne l’a pas carrément encouragé, comme dans le cas de la France), qui a permis une boucherie massive à Sbrenica, qui a encouragé la purification ethnique des Serbes de la Krajina par leurs alliés croates, mobilise maintenant les mass médias pour rassembler l’opinion publique au service d’une guerre “ démocratique ” et “ humanitaire ” (sic) contre la Yougoslavie.

Cette guerre n’a rien à voir avec le sauvetage de civils innocents, elle n’est motivée que par de sordides calculs politiques de la part des gouvernements de l’OTAN. Les conflits meurtriers dans l’ex-Yougoslavie ne constituent pas le prolongement naturel de vieilles batailles ethniques, ils constituent l’agonie d’un Etat capitaliste moderne qui fut créé après la deuxième guerre mondiale pour servir de tampon entre l’Est et l’Ouest durant la guerre froide, et dans lequel l’ordre capitaliste put être maintenu au mieux dans l’après-guerre. Face à une crise économique mondiale dévastatrice, cet Etat a dû adopter un nouveau cadre idéologique basé sur le nationalisme, la xénophobie et un passé mythifié, façonné par la peur et la haine de “ l’Autre ”.

Si l’OTAN intervient aujourd’hui, après presque une décennie de guerres sanglantes pour le partage de la Yougoslavie, c’est parce que la guerre au Kosovo peut déstabiliser les Balkans, inonder l’Europe occidentale, déjà confrontée à un chômage massif, de centaines de milliers de réfugiés, détruire le fragile Etat tampon de la Macédoine et enclencher un nouvel engrenage de guerres dans la région, touchant cette fois directement des pays de l’OTAN tels que la Grèce, la Turquie et la Hongrie. L’Occident n’a rien à redire à la purification ethnique tant qu’elle ne menace pas ses intérêts vitaux, mais la Serbie lui pose problème. Héritière de l’armée jadis formidable de la Yougoslavie, occupant une position géographique centrale dans les Balkans, la Serbie constitue, par sa politique au Kosovo, un danger pour la stabilité de toute la région. Il fallait rogner les ailes à la Serbie. Une guerre aérienne high tech diminuant de façon significative la puissance militaire serbe fut le réponse de l’OTAN.

L’OTAN a-t-il ou non sous-estimé la détermination de Milosevic et de la classe dominante serbe à son diktat? L’OTAN a-t-il oublié de prendre en considération le fait que la classe dominante serbe est prisonnière de sa propre idéologie et est incapable d’abandonner ses visées sur le Kosovo? L’unité de l’OTAN résistera-t-elle à une longue campagne militaire, dont la logique peut amener à requérir l’utilisation de troupes terrestres afin de “ l’emporter ”, ce qui pourrait exacerber les différences entre les Etats-Unis et l’Europe? Washington ira-t-il de l’avant, augmentant le nombre de cibles civiles en Serbie, imposant un blocus naval pour condamner à la famine la population serbe? Toutes ces questions restent ouvertes. Mais ce qui est clair, c’est que les deux belligérants, la Serbie et l’OTAN, obéissent à la même logique meurtrière du capitalisme. Quelle qu’en soit l’issue, les classes dominantes des deux camps ont pour objectif de survivre, même si elles sèment la mort et la destruction en Serbie et au Kosovo. La crise du capitalisme ne fera que s’accroître dans les années à venir, et, comme le montre le conflit actuel, les antagonismes raciaux, ethniques et religieux seront fomentés par la classe dominante pour tenter de se maintenir au pouvoir. On peut s’attendre à voir se multiplier les Milosevic.

Et à l’Ouest, les campagnes humanitaires et démocratiques seront exploitées pour justifier la guerre, un travail dans lequel excelle particulièrement la gauche. Qui, mieux que la gauche, en effet, pourrait orchestrer une campagne de meurtre généralisé au nom de l’humanité? Le démocrate Clinton, les socialistes Blair, Schröder et Jospin sont à la tête de véritables gouvernements de guerre et fiers de l’être. Les Verts, tel le ministre allemand des Affaires étrangères Joska Fischer, les épaulent fidèlement et activement. Tous derrière eux participent à leur façon à l’hystérie démocratique qui sème la mort en Yougoslavie. C’est que la logique du capitalisme est implacable tant qu’on reste soumis à ses lois.

A cette logique de destruction des êtres humains ne peut être opposée qu’une lutte pour la destruction du capitalisme en tant que système économique et social qui n’est désormais plus compatible avec la survie de l’espèce humaine. Il faut comprendre que le problème réside dans le capitalisme lui-même, et non dans des conflits ancestraux. L’humanité possède les ressources et les capacités de jeter les bases d’une communauté humaine, dans laquelle ce ne sont plus le profit, la productivité et la domination de classe qui détermineront la vie sociale, mais le développement et la satisfaction des besoins humains. Ce qui fait défaut, c’est la conscience de la classe productrice qu’elle peut et doit débarrasser le monde d’un système, le capitalisme, qui ne peut nous offrir qu’un avenir fait d’une crise interminable, de pauvreté, de mort de masse, de purification ethnique et de destruction technologique. La lutte des prolétaires, travailleurs et chômeurs, sur un terrain de classe pour l’affirmation de leurs besoins humains contre le capital est l’unique voie pour s’opposer aux tendances meurtrières du capitalisme et dégager la perspective d’une nouvelle société !

Avril 1999

Perspective Internationaliste (Supplément à Perspective Internationaliste n° 35, mai 1999.)

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