Chapitre 11

LE CONTRÔLE SOCIAL DU TRAVAIL SOCIAL GÉNÉRAL (T.S.G.)

OU DES ENTREPRISES PUBLIQUES

Le contrôle des entreprises publiques se fait, au moins en partie, de manière analogue à celui des entreprises de production proprement dits. Dans ce dernier cas le contrôle se fait par l’observation de ce qui apparaît dans la formule de production (f + c) + t par suite d’enregistrement de la livraison des produits et l’allocation de l’argent-travail. En cela, le contrôle s’effectue à partir de la production matérielle. Mais les produits livrés par les entreprises publiques vont gratuitement à la société, si bien que ces entreprises ne peuvent rien porter à leur crédit, que ce soit sur leurs livres de compte d’entreprise ou sur ceux de la comptabilité sociale... C’est pourquoi, dans ce cas, ni la quantité de produits, ni le temps de production social moyen, ni le processus de reproduction ne peuvent servir de facteur de contrôle. Les entreprises qui livrent leurs produits sans mesure économique à la consommation individuelle ne peuvent être soumises au contrôle que d’une seule manière: par l’examen de la production matérielle. Il va de soi que l’on peut imaginer de nombreuses méthodes pour que ces entreprises soient contrôlées de sorte que le bien social soit administré avec le plus grand souci de l’économie. Mais il ne s’agit pas de concevoir des méthodes de contrôle qui s’attacheraient à préserver quelque intérêt particulier des entreprises, mais un contrôle qui, là où il s’applique, résulte du caractère social de la production.

Dans la période inaugurale du communisme, seules appartiendront au groupe des entreprises publiques, des entreprises qui ne livrent aucun produit payable. Citons par exemple : les conseils économiques et politiques, l’assistance médicale, l’enseignement, etc. Le développement ultérieur y amènera les transports des personnes et des biens qui deviendront gratuits et, dans un stade encore plus éloigné, on en viendra à la "consommation selon les besoins" de tous les produits palpables et mesurables. Mais par l’accomplissement de la révolution sociale il ne s’agit pas au premier chef de mettre en application le mot d’ordre "à chacun selon ses moyens " mais bien plutôt de réaliser l’administration autonome des entreprises, et la comptabilité de la production. Si la production est solidement effectuée selon ces deux principes, le problème d’aboutir à la consommation "libre" devient facile à résoudre.

Pour toutes les entreprises pour lesquelles le contrôle automatique ne peut se réaliser que d’une seule manière, d’autres contrôles pourront néanmoins vraisemblablement être menés, par exemple par l’intermédiaire d’enquêtes conduisant à des comparaisons. Ainsi on comparera le nombre d’heures de travail absorbées par l’enseignement dans diverses communes, ou ce qu’a coûté en travail la construction d’un kilomètre de route dans telle ou telle ville, etc. Si l’entreprise fournit un produit à partager socialement et dont la quantité peut être mesurée (électricité), le temps de travail social moyen pourra encore servir de base au contrôle. Mais, cette fois, le contrôle ne sort pas automatiquement des résultats de la comptabilité sociale faite sur le plan, mais il doit être recherché dans les livres des entreprises.

Comme autre moyen secondaire de contrôle des entreprises publiques il y a encore le contrôle de la répartition des biens de consommation? Les consommateurs se répartissent les produits par l’intermédiaire de leurs coopératives : ils sont les "maîtres chez eux". C’est là que les souhaits individuels trouvent leur expression collective, et c’est pourquoi les consommateurs y sont capables de déterminer ce qui doit être réparti et en quelle quantité. L’organe d’exécution est une organisation d’entreprise qui entre dans la catégorie T.S.G. Elle dresse un budget pour ses besoins en (f + c) + t, et sait par-là que son service est la répartition de X heures de travail.

Le contrôle se fait de nouveau sur la formule de production et dans une voie telle qu’il s’agit de savoir si l’organisation d’entreprise reste bien dans le cadre du budget, si les échéances particulières sont bien observées, si la formule de production avait été correctement calculée.

Le contrôle de la quantité de produits répartie est aussi très simple parce que justement tous les transferts de biens ont été enregistrés par la comptabilité générale et que les produits sont utilisés exactement selon leur tempe de production. La comptabilité générale indique en effet exactement combien de produit (c’est-à-dire combien d’heures de travail) la coopérative de consommation a prélevé et combien de bons en heures de travail sont portés sur les livres.

Il y a toutefois des difficultés techniques parce que l’organisation de répartition doit tenir compte de ce qu’une partie du produit est perdue ou détruite. En pratique, elle ne peut fournir autant de bons d’argent-travail que l’exige sa dette auprès de la comptabilité générale. Il y a un manque mais qui ne peut varier qu’à l’intérieur de limites connues facilement en pratique et qui, par conséquent, pourrait être aisément compensé par un prélèvement sur le budget de production de l’organisation de répartition. En principe, ces pertes de production inévitable ne gêneront pas le contrôle de la répartition et la relation exacte entre producteur et produit n’en sera pas altérée.

Le contrôle de la production et de la répartition est ainsi complet. Chaque terme de la formule de production/reproduction est connu exactement et peut être examiné par toute la société. Le contrôle est réduit à sa forme la plus simple et la marche de l’économie devient transparente, si bien que la comptabilité publique permet à chaque membre de la société d’effectuer un contrôle direct.

Lorsque la production et la répartition se trouvent entre les mains des producteurs-consommateurs, le mouvement économique atteint sa plus haute synthèse idéale qui ne se réalise que par l’action conjuguée des forces de production et qui finalement n’est rien d’autre que cela. La société est alors devenue l’ASSOCIATION DES PRODUCTEURS LIBRES ET ÉGAUX, dont l’intelligence politique trouve sa plus haute expression dans le système des conseils, et l’intelligence économique dans la comptabilité sociale générale.