Arturo PEREGALLI et Sandro SAGGIORO, Amadeo Bordiga. - La sconfitta e gli anni oscuri (1926-1945)

Edizioni Colibri, Milan, novembre 1998.1 Prix 28.000 lires. Commande par e-mail : colibri@micronet.it. Ou : Cooperativa sociale Colibri, via San Michele del Carso 4 - 20037 Paderno Dugano (Mi). CCP 28556207.

 

Le fondateur et chef du Parti communiste italien jusqu’en 1925 Amadeo Bordiga a suscité des études en Italie, et bien peu en dehors de ce pays. Emprisonné et relégué dans les îles (Ustica, Ponza) de décembre 1926 à 1930, Bordiga sera ensuite libéré, et se retirera de toute activité politique jusqu’en 1943, date à laquelle il émergea de plus en plus comme le théoricien du mouvement qui porte son nom, jusqu’à sa mort en 1970. Cette partie de sa vie, la moins connue, sous le régime fasciste triomphant, est étudiée dans le présent ouvrage de façon magistrale par A. Peregallli et S. Saggioro, qui à partir d’archives, d’études diverses, apportent de précieux renseignements à l’historien du mouvement ouvrier.

L’ouvrage commence par une introduction sur Bordiga et la révolution russe, qui insiste sur la politique extérieure de l’Etat dit soviétique comme facteur de la " dégénérescence de la Révolution russe ". Il est intéressant de noter, comme le remarquent les auteurs, que dès 1920, au IIe congrès du Komintern, Bordiga affirmait que la révolution russe était une révolution double, mi-démocratique, mi-prolétarienne, à l’exemple de la révolution de 1848. Les premiers chapitres rappellent la lutte que mena Bordiga dans le Komintern contre Staline, avec un très grand courage lors du VIe Exécutif élargi, alors que sa tendance avait été expulsée de la direction du PC d’Italie la même année. Pour le neutraliser le Komintern demanda que Bordiga s’installe à Moscou ; finalement, par crainte que Bordiga trouve trop de partisans à Moscou, au cœur du Komintern, ce dernier abandonna ce projet. Fin 1926, Bordiga recevait une lettre de Karl Korsch, proposant de former une opposition à l’extérieur du Komintern. Bordiga répondit qu’il fallait lutter comme fraction en son sein. Il n’y eut donc pas convergence entre l’opposition allemande, dite " ultragauche " et Bordiga. Quelques semaines après, Bordiga était arrêté par la police fasciste, et condamné à une peine de relégation de plusieurs années, tout comme Gramsci.

En décembre 1926, Bordiga retrouva à l’île d’Ustica Antonio Gramsci, son adversaire politique. Bordiga, contrairement à toute une légende, n’était pas un sectaire dans les rapports de parti, et faisait passer au premier plan les rapports humains. Malgré leurs divergences, Bordiga et Gramsci étaient liés par une vieille amitié, qu’ils conservèrent contre vents et marées, au point que Gramsci séjourna dans la maison de Bordiga en 1924. Bordiga dirigeait la section scientifique et Gramsci la section littéraire et historique. Préoccupé par la santé délabrée de Gramsci, Bordiga proposa au centre du parti de le faire évader de l’île. Mais cela n’eut pas de suite. Il est typique qu’en 1927, bien que Togliatti fut devenu le numéro un du parti, Gramsci écrivit non à Ercoli - " un certo Togliatti ", comme il le disait avec mépris -, mais à Bordiga. En 1934-35, de brèves rencontres eurent lieu entre ce dernier et Gramsci, malade, en déjouant la surveillance de la police, qui l’accompagnait à la clinique de Formia.

En 1928, Bordiga fut relégué à l’île de Ponza, où il était en minorité politique. En février 1929, alors que 102 communistes staliniens faisaient voter une résolution définissant Trotsky comme " un des ennemis ouverts de l’Internationale communiste ", trente autres avec Bordiga prenaient la défense de l’ex-leader bolchevik. La direction du PCI pense l’expulser immédiatement du parti, mais attend, par prudence.

En novembre 1929, Bordiga ayant terminé son temps de relégation revint à Naples, non sans revenir parfois à Ponza, pour terminer les maisons qu’il avait conçues, étant un ingénieur réputé. Bordiga reste en dehors de l’organisation communiste et se garde de rallier les positions du Komintern sur la " radicalisation des masses " et la " social-fascisation " de la social-démocratie. Il était formellement expulsé en mars 1930 du comité central et du parti pour " avoir soutenu, défendu et fait siennes les positions de l’opposition trotskyste "; pour " avoir donné des directives et déployé une activité fractionniste de désagrégation du parti ".

En fait, Bordiga se retirait de l’activité politique, qu’il n’aurait pu poursuivre d’ailleurs qu’à l’étranger. En France et en Belgique, s’était constituée par la conférence de Pantin (avril 1928) la fraction de gauche du Parti communiste, dirigée principalement par Ottorino Perrone. La Fraction avait un journal : Prometeo. De son côté, Trotsky estimait " la pensée révolutionnaire vivante, musclée, abondante d’Amadeo Bordiga ". En contact avec la fraction italienne à Marseille, le fils de Trotsky, Léon Sedov, avait confié de l’argent pour louer une vedette rapide (" motoscaphe ") qui aurait fait échapper Bordiga de Ponza en 1929. Bordiga refusa la proposition d’évasion : " impossible de redresser les jambes " (sous-entendu du Komintern), répondit-il de façon sibylline.

Pendant toute la période qui va de 1930 à 1943 - date de l’écroulement du fascisme - Bordiga put travailler comme ingénieur à Naples. Cette tranquillité fut troublée plusieurs fois par des interrogatoires, arrestations (à l’occasion d’un mariage princier !), ou provocations policières. Interrogé par la police le 23 mai 1930, il déclara que " toute activité illégale dans le Royaume est aujourd’hui (…) stérile et inutile ". La police fasciste, en octobre 1930, notait que Bordiga refusait tout esprit de " martyre et de sacrifice ", et n’envisageait pas la possibilité d’exercer dans l’avenir " aucune fonction politique ".

Néanmoins, il maintenait de façon informelle des contacts avec les opposants de la Fraction intransigeante. Après le retour du Brésil de Ludovico Tarsia, en 1936, chirurgien, un des fondateurs de la Fraction abstentionniste en 1919, les liens se retissèrent à Naples entre les anciens partisans de Bordiga. La police fasciste notait en juillet 1939 que " … Bordiga à Naples suscite toujours de nouvelles sympathies même parmi ses adversaires, et rencontre une large adhésion dans le camp de la bourgeoisie intellectueloïde ". En fait, beaucoup d’ouvriers communistes de la zone industrielle continuaient à se définir comme " bordiguistes ". La police notait en août 1942, craignant sa fuite à l’extérieur, que " Bordiga est sera toujours un communiste bolchevik ".

Cela n’empêchait pas, évidemment, les chefs staliniens du PCI d’accuser Bordiga et le " bordiguisme " d’être passés au fascisme ou d’être devenu un espion du régime. Ce qui est certain, c’est que Nicola Bombacci, un ancien dirigeant communiste devenu fasciste, proposa en 1936 à Bordiga de participer à une revue qui célébrerait l’alliance entre fascisme et communisme soviétique. Bordiga refusa fermement. La campagne s’accentua à partir de 1937-38, au moment même où une centaine de communistes italiens réfugiés en URSS était liquidée physiquement.

Un dirigeant communiste, comme Luigi Longo, au début des années 1970, n’utilisait plus la calomnie pour définir l’activité de Bordiga. Selon lui, Bordiga à cette époque se contentait de " construire des maisons ". Plus politique, il notait que " (selon Bordiga) il ne s’agissait pas de perdre du temps et de se compromettre dans une politique à son avis vraiment inutile ".

De fait, Bordiga menait une politique purement attentiste, qu’il semblait théoriser. En témoignent les rapports de la police fasciste, dont l’un en date du 26 mai 1936. Bordiga devant un intime affirme : " Attendre, non pour cette génération, mais pour celles du futur. Les situations changeront. Je conserve intacte ma mentalité : les hommes ne comptent pas, ils ne représentent rien, ne peuvent avoir aucune influence; ce sont les faits qui déterminent les nouvelles situations. Et quand les situations sont mûres, alors les hommes surgissent… On peut dire que cet état d’esprit qui est le mien est celui des hommes d’une civilisation future, d’un système philosophique, puis-je dire, qui probablement est aujourd’hui assez lointain… je suis très heureux de vivre loin des petits et mesquins épisodes de la soi-disant politique militante, du fait de chronique, de l’événement au jour le jour. Rien de tout cela ne m’intéresse : je suis fidèle à ma foi. Je suis heureux de mon isolement. J’ai fait de ma vie un observatoire au service exclusif de mon esprit… "

Il est donc logique que Bordiga refusa d’établir des liens avec la Fraction bordiguiste en exil en France et Belgique, autour d’Ottorino Perrone. Néanmoins, il avait maintenu un cadre politique pour définir la période de la veille de la guerre. Pas toujours très clair. En 1936, Bordiga pensait que Mussolini avait obtenu un consensus, qui avait permis l’aventure éthiopienne. Il voyait une alliance inévitable entre l’Italie de Mussolini et la Russie de Staline. Il est vrai qu’à cette époque dans Lo stato operaio (n° 8, Paris, août 1936, " Per la salvezza dell’Italia, riconciliazione del popolo italiano ! "), Togliatti lançait un vibrant appel aux fascistes pour la " réalisation du programme fasciste de 1919 "…

En fait, Bordiga voyait à l’époque une concordance s’effectuer entre la gauche et le fascisme. Comme le rapporte un rapport de police à propos d’une conversation de Bordiga avec des proches (26 mai 1936), " les socialistes, les mêmes camarades communistes français ne font rien d’autre que des social-démocrates avec une petite pointe d’antimilitarisme et d’anticléricalisme… les socialistes français iront au pouvoir avec un programme de style fasciste… " Et Bordiga ajoutait que s’il pouvait se réfugier en France et publier un journal, Blum ne manquerait pas d’user d’un décret d’expulsion contre lui…

Lorsque la guerre d’Espagne éclata, il semble que Bordiga n’ait pas eu une autre position que celle de la Fraction italienne qui publiait Bilan et Prometeo. Selon un témoin, passé par la suite au stalinisme, Bordiga affirmait qu’il ne saurait en aucun cas " choisir entre les franquistes et les patriotes républicains " et qu’il considérait la guerre d’Espagne comme une préparation à la guerre mondiale, derrière une " mobilisation antifasciste des ouvriers du monde entier ".

En fait, Bordiga attendait de la guerre proche, accélérée par les préparatifs militaires de Hitler, l’explosion révolutionnaire : " Si Hitler peut faire céder les odieuses puissances d’Angleterre et d’Amérique, en rendant ainsi précaire l’équilibre capitaliste mondial, vive le boucher Hitler qui travaille malgré lui à créer les conditions de la révolution prolétarienne mondiale… Toutes les guerres - c’est une constatation - dorénavant trouvent leur épilogue final dans le fait révolutionnaire. A la défaite succède la révolution. "

Pendant la guerre, jusqu’à fin 1943, Bordiga ne fit rien. Les " bordiguistes " du nord, par contre, autour de Damen, Bruno Maffi, Mario Acquaviva tentaient dès 1942 de tisser des liens clandestins, qui permettraient au parti communiste internationaliste de surgir (ce qui fut fait en 1943), en dehors de tout contact avec Bordiga.

Les positions de Bordiga sur la guerre semblaient claires d’un point de vue internationaliste, à en juger par les témoignages de l’époque. Au début des années 1940, Bordiga avait affirmé à l’avocat socialiste Mario Paone que l’ennemi pour le prolétariat était toujours le capitalisme, en particulier sa forme la plus développée, l’étasunienne  : " Cher Paone, souviens-toi que fascisme et nazisme sont les formes tout à fait contingentes et transitoires du capitalisme et de la conservation bourgeoise, et que l’ennemi à battre est toujours l’impérialisme américain. ".

Néanmoins les témoignages sur les positions de Bordiga quant à l’issue de la guerre sont contradictoires et montrent de grandes ambiguïtés. Il sembla à certains que Bordiga croyait dans la victoire de l’Axe et que la victoire du fascisme serait pour lui " une phase nécessaire à travers laquelle devrait passer le capitalisme dans tous les pays " et que la " victoire des Alliés n’aurait fait que retarder ce processus inévitable ". Bien plus, il aurait souhaité " la défaite du vrai capitalisme, c’est-à-dire l’américain, et non celui de type allemand ".

Selon la presse de juin 1944 (un article de Bandiera rossa, repris par la Stampa de Turin et La Gazette de Lausanne du 14 juin), alors que l’Armée rouge faisait de fulgurantes avancées en Europe orientale, Bordiga aurait affirmé que le triomphe de l’armée de Staline serait " la révolution prolétarienne " en marche. Un communiqué de la presse bordiguiste du Nord (Prometeo du 25 juillet 1944) démentit formellement de prétendues sympathies prosoviétiques de la part de Bordiga. Il semble qu’à cette période, Bordiga ait refusé non seulement de s’inscrire au Parti socialiste, qui lui en avait fait discrètement la proposition, mais ait refusé toute avance des Américains qui installés dans le sud de l’Italie, coupée en deux, auraient bien voulu utiliser le prestige de Bordiga pour contrer le développement du PCI de Togliatti.

En fait Bordiga jouissait d’un immense prestige même chez de très nombreux militants du PCI, particulièrement dans le Sud, qui refusaient d’ajouter foi aux calomnies répandues par Togliatti sur l’équation faite entre "bordiguisme-trotskysme" et fascisme. On ne sait si Togliatti et les siens projetèrent un assassinat de Bordiga. Ils étaient en fait très inquiets sur l’audience de l’ancien chef de l’ancien chef du parti communiste. En tout cas, Bordiga dès le début de 1943 s’était réfugié de Naples à Formia, et après la conquête de Rome par les troupes anglo-saxonnes en juin 1944, s’était installé dans la capitale, sans que Togliatti et les siens le sussent. Selon un agent de l’OSS - l’ancêtre de la CIA - qui se fit passer pour un journaliste pour interviewer Bordiga en novembre 1944, " Ercoli " n’avait pas intérêt à faire assassiner l’ancien chef du PCI, car " ses partisans fanatiques le vengeraient dans le sang, et cela Togliatti le sait ".

Le prestige de Bordiga explique sans soute qu’il fut poussé à reprendre une activité politique. Beaucoup de militants du PCI mécontents de la participation de Togliatti au gouvernement de Badoglio s’en détachaient. Se produisit d’octobre à décembre 1943 une scission du PCI à Naples - dite scission de Montesanto. Dans tout le sud de l’Italie surgirent des groupes se réclamant de Bordiga : en Calabre, dans les Pouilles, en Campanie et le Latium. Des sections entières du PCI critiquaient Togliatti et la Russie. Surtout en avril 1944, se constitua à Rome la Frazione della Sinistra dei Comunisti e Socialisti italiani qui publiait Il Proletario à Naples, La sinistra proletaria à Rome, et d’autres journaux comme Avanguardia et La Frazione di Sinistra salernitana (à Salerne). Avec Enrico Russo, comme secrétaire, lequel avait milité dans la Fraction italienne à l’extérieur (Bilan et Prometeo), s’était constituée une CGL "rouge" à Naples, qui échappait des mains du PCI. Russo était un dirigeant "bordiguiste" de la "Sinistra".

Si à Rome, Bordiga était l’objet d’un pèlerinage permanent, il ne voulait pas s’investir dans une activité de parti. A certains membres du PCI qui lui demandaient ce qu’il fallait faire, s’il fallait quitter le parti, il répondait de patienter et de chercher à rester dans le parti. En mars 1945, Bordiga - avec Libero Villone (qui devait par la suite adhérer au parti trotskyste) et Renato Matteo Pistone, dirigeant de la "Sinistra" - élabora une série de thèses : " Pour la constitution du vrai Parti communiste ". Ces thèses se référaient à la critique par la Gauche italienne du " Front unique " en Allemagne (1923), à la critique des Fronts populaires français et espagnol et à la " Résistance " en Europe. Admettant l’impossibilité de " redresser " les partis socialiste et communiste, il estimait toujours nécessaire de " développer à l’intérieur un travail continuel de clarification idéologique, moyen par lequel les éléments non encore corrompus par la dégénérescence centriste pourront retrouver leur juste voie ". La fin de la guerre, cependant, avec l’ouverture probable d’une situation révolutionnaire " préparait les conditions favorables pour la transformation de la Fraction en parti ".

Sur la question de la guerre, Bordiga et la " Frazione " furent sans ambiguïté. Ils mettaient en avant la nécessité de " l’internationalisme prolétarien " et de la " transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire ". Ils attaquaient aussi " l’antifascisme " du PCI, paravent de ceux qui " travaillent pour l’internationalisation des méthodes nazi-fascistes ". (La Sinistra proletaria, premier avril 1945). Vis-à-vis des Comités de libération nationale (CLN) de Togliatti, la Frazione se prononçait pour une non-participation aux groupes de partisans : " Ceux-ci représentent un compromis avec les forces bourgeoises et donc un affaiblissement de la vitalité classiste du prolétariat ". (Il Proletario, 28 mai l944, " Dichiarazione programmatica ", probablement écrite par Bordiga). Néanmoins, Bordiga ajoutait que certains mouvements de partisans exprimaient positivement "la tentative d’une revanche de classe, d’une manifestation autonome de forces révolutionnaires...".

C’est vis-à-vis de la Russie, que Bordiga et ses partisans de la Frazione marquaient le plus d’indécision. Elle ne se prononçait pas contre l’URSS mais contre la politique de " l’actuelle classe dirigeante russe, parce que nocive aux développements de la révolution prolétarienne ". Néanmoins, la " Déclaration programmatique " la définissait comme partie intégrante de la nouvelle organisation capitaliste. Selon elle, la Russie était composée de trois classes: la classe des privilégiés et exploiteurs, alliée à celle des paysans riches et moyens, et la classe des exploités et des opprimés " constituée encore une fois du prolétariat industriel et agricole ". (ibid.). Face au stalinisme, Bordiga proposait la fondation d’une nouvelle Internationale communiste.

Mais le "vrai parti communiste" n’existait pas derrière Bordiga au Sud, mais au Nord, autour du Parti communiste internationaliste créé par Onorato Damen, Bruno Maffi et Mario Acquaviva (ce dernier fut assassiné par les hommes de main de Toglatti en juillet 1945). Fort d’environ 2.000 militants actifs, ce parti défendait les positions de Bordiga des années 20, en intégrant aussi celles qui avaient été défendues en France et Belgique par la Fraction italienne en exil (Bilan et Prometeo). Des réunions eurent lieu entre Bordiga et les dirigeants du PCInt (Damen, Maffi). Il fallut vaincre la résistance de Bordiga, qui ne souhaitait pas participer au nouveau parti. Il fut chargé d’écrire la Plate-forme du PC internationaliste. Le 29 juillet 1945, la " Frazione " du sud était dissoute, et ses militants, dont semble-t-il Bordiga, adhéraient individuellement au PCInt. La suite de l’itinéraire de Bordiga est une autre histoire à écrire, comme le soulignent les auteurs de cet ouvrage.

Un tel ouvrage est un ouvrage rare. Il constitue une véritable recherche, innovante, d’une très grande richesse documentaire. Non seulement il repose sur les textes, journaux de l’époque, mais il s’appuie sur une investigation systématique des archives de l’Etat à Rome, et sur les témoignages écrits ou verbaux des témoins de l’époque.

Un tel livre contribue à démolir toutes sortes de légendes noires autour de Bordiga pendant la période du fascisme. Il va autant contre ces légendes que contre toute hagiographie qui ferait de Bordiga un militant "exemplaire" alors qu’il s’était retiré pendant presque 15 années volontairement de toute activité politique et théorique, au prix d’une confusion de sa pensée pendant ces années d’exil intérieur.

Philippe Bourrinet.

 

Note 1
Cet ouvrage est la réédition, considérablement augmentée, de Amadeo Bordiga. – Gli anni oscuri (1926-1945). La première édition comportait quelques textes importants, dont un long rapport de police sur Bordiga datant de 1936. Quaderni Pietro Tresso, n° 3, Florence, janvier 1997. Commandes : Paolo Casciola, CP 154, 50100 Firenze (Italie).


Saturday, August 14, 1999